Delphine Huguet –Vit et travaille à Montréal.
Delphine Huguet, née en 1980 à Le Chesnay (France), est une artiste contemporaine canadienne dont la pratique se situe entre sculpture, installation et image.
Précurseure du mouvement du design culinaire en France, elle débute sa carrière avec des installations éphémères et comestibles, avant d’orienter sa recherche, dès 2019, vers le textile et la photographie. Ses œuvres explorent le sublime, la contemplation et les notions de « prendre soin », à travers des environnements sensibles où se rencontrent perception et expérience intime. Elle a réalisé de nombreuses expositions à travers le Québec, notamment à Projet Casa et dans plusieurs maisons de la culture, pour lesquelles elle a reçu le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et du Conseil des arts du Canada (CAC).
Elle est également curatrice et responsable du développement de la Galerie Atelier RAM à Montréal, où elle accompagne et soutient des artistes émergents issus de l’immigration, en favorisant leur professionnalisation et leur visibilité au sein du milieu artistique québécois.
Son travail a été présenté dans des institutions telles que la Fondation Louis Vuitton, le Centre Pompidou, le Grand Palais, le Museo di arte moderna e contemporanea di Trento e Rovereto, le Musée McCord et le Musée des beaux-arts de Montréal. Ses œuvres font partie des collections des Archives nationales du Québec et d’Artexte.
À travers ses différents mandats, elle développe une pratique transversale qui articule création, accompagnement et écriture, autour d’un même intérêt pour les expériences sensibles et les formes de « care ».
DÉMARCHE
Depuis 2023, j’ai amorcé une nouvelle recherche autour de la notion de prendre soin, en réponse aux bouleversements personnels et collectifs que je traversais. J’ai d’abord commencé à photographier les détails de mon environnement quotidien, puis les ciels changeants à l’aube et au crépuscule — ces moments de bascule qui invitent au ralentissement et au lâcher-prise. Dans les couchers de soleil, je vois des instants universels de contemplation où les repères habituels — sociaux, culturels ou identitaires — s’effacent momentanément au profit d’une expérience sensible du sublime. – Oh c’est beau ! –
Je retravaille ensuite ces images avant de les imprimer sur textile puis je les manipule et les assemble à d’autres matériaux à l’atelier. Elles deviennent des installations immersives pensées comme des refuges visuels et sensibles, capables d’absorber le regard et le corps du spectateur.
Je développe chacune de mes œuvres de manière minutieuse en atelier. Au fil des années, j’ai appris différentes techniques que je transpose d’un matériau à l’autre. Le travail de la photographie, du textile, de la peinture, du métal et du bois me permet de construire un langage visuel riche à la fois sensoriel, contemplatif et enveloppant.
J’explore particulièrement les qualités des tissus souples — soies, voiles et matières légères — qui me permettent de travailler les notions de drapé, de mouvement et de lumière. Les plis, les tensions et les flottements du textile dialoguent avec des structures plus rigides et architecturales, créant un équilibre entre fragilité et stabilité. Mes installations engagent le corps du spectateur dans une expérience à la fois physique et méditative. Les surfaces réfléchissantes que j’intègre parfois dans mes œuvres démultiplient les points de vue, brouillent les repères spatiaux et prolongent l’impression d’immersion.
À travers ces environnements, j’invite à une forme de perte volontaire : se laisser absorber par la couleur, ralentir, ressentir plutôt que comprendre immédiatement.
L’infini n’est pas ici une fuite, mais une rencontre — une manière de plonger vers soi.
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